L'Avaleur

d'après "Other people's money" de Jerry Sterner - Mise en scène de Robin Renucci / Création 2017

Distribution et équipe artistique

Distribution Nadine Darmon, Marilyne Fontaine, Xavier Gallais, Robin Renucci et Jean-Marie Winling

Traduction Laurent Barucq

Adaptation Evelyne Lœw

Scénographie Samuel Poncet

Costumes Thierry Delettre

Lumière Julie-Lola Lanteri-Cravet 

Maquillage et coiffure Jean-Bernard Scotto

Musique Gabriel Benlolo

 

Assistanat à la mise en scène Joséphine Chaffin et julien Leonelli

Une production Tréteaux de France - Centre dramatique national
Coproduction L'arc - Scène nationale Le Creusot.
Résidence à la FabricA du Festival d'Avignon.
 

Remerciements à Pascale et Nicolas Cravero

Diffusion du Spectacle - Contact
Maud Desbordes
01 55 89 12 58 – 06 82 57 50 36 – maud.desbordes@treteauxdefrance.com

 

 

 

Résumé

Une fable jubilatoire rythmée sur les dérives des relations entre la finance et l'industrie. 

Titre original Other people’s money 

L’Avaleur, écumeur de grands fonds, génie du rachat d’entreprise, prédateur, drôle, compulsif, fascinant, possède un furieux appétit, appétit de vie, de pouvoir, d’argent, de tout. Il a en ligne de mire une entreprise attirante car florissante. En face le pdg.  Il a donné vie à l’entreprise, croit en l’élargissement du bien-être général par l’industrie, aime son métie et donne le cap comme un capitaine confiant. Nous assistons en direct à la destruction de l'équilibre de l'entreprise traditionnelle, à l'affrontement entre deux systèmes de valeur. 

Biographie de l'auteur

Robin Renucci

Robin Renucci découvre le théâtre en participant à des stages de réalisation organisés par des conseillers techniques et pédagogiques de la Jeunesse et des Sports. Elève à l’Atelier-École Charles Dullin de 1975 à 1977, il entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique dans les classes de Jean-Paul Roussillon, Pierre Debauche, Marcel Bluwal et Antoine Vitez. Il joue au théâtre sous la direction des plus grands metteurs en scène entre autre : Marcel Bluwal (1980), Roger Planchon (1983), Patrice Chéreau (1988), Antoine Vitez (Le Soulier de Satin de Paul Claudel 1987 ; prix Gérard Philipe), Jean-Pierre Miquel (1990), Jean Mercure (1985), Marie-Paule André (François Truffaut Correspondance 1996 ; nomination aux Molière), Lambert Wilson (2001), Cécile Guillemot (2006),  Michel Fagadau (2006) et Serge Lipszyc (2010-2011).

Au cinéma, il tourne avec Christian de Challonge (1982), Michel Deville (1981), Diane Kurys (1983 et 1999), Gérard Mordillat (1984), Jean-Charles Tachella (Escalier C 1985 ; film pour lequel il est nommé aux Césars), Claude Chabrol (1987 et 200§), Philippe le Guay (1989), Laurent Heyneman (1990), Alain Bévérini (2002), Bernardo Bertolucci (2003), Jean-Pierre Mocky (2003) et Jean-Paul Salomé (2004).

Il joue également dans de nombreux films pour la télévision : Léon Morin, prêtre (1991) et Des enfants dans les arbres de Pierre Boutron (1994 ; nomination aux 7 d’or), La Grande cabriole de Nina Companez, Parent à mi-temps d’Alain Tasma (1995 ; 7 d’or du meilleur comédien), Sans mentir de Joyce Bunuel, Crédit Bonheur de Luc Béraud (1996), La Fonte des neiges de Laurent Jaoui. Le train de 16h19 de Philippe Tribois (2000 ; Fipa du meilleur comédien), Colère de Jean-Pierre Mocky (2009).  Il tourne actuellement la cinquième saison du Village Français. Sempre Vivu ! est son premier long métrage pour le cinéma (2007).

Fondateur et président de L’ARIA en Corse, il y organise depuis 1998 les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse. La dix-septième édition s’est déroulée en juillet et août 2014 sous la direction de Serge Lipszyc.

Robin Renucci est administrateur de l’ADAMI et président du Conseil d’Administration de L’ENSATT, l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, à Lyon. Il est professeur au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique.

Il a été nommé directeur des Tréteaux de France par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication et a pris ses fonctions le 2 juillet 2011 en succédant à Marcel Maréchal. Dans ce cadre, il développe un partenariat avec le Théâtre National Populaire et joue dans divers spectacles mis en scène par Christian Schiaretti : Don Salluste dans Ruy Blas de Victor Hugo (2011-2012), Arnolphe dans L’Ecole des femmes de Molière (2013), le professeur dans La Leçon d’Ionesco (2014). Il a mis en scène Mademoiselle Julie, d’August Strindberg, en 2012.

Note d'intention

Après Le Faiseur de Balzac, les débuts de la spéculation et le capitalisme en 1840, Robin Renucci s’empare de cette pièce de Jerry Sterner, Other’s People Money, satire sur le processus de fusions-acquisitions et des relations entre la finance et l’industrie. Un « dé-faiseur ». Deux systèmes de valeur s’affrontent comme sur un ring. Une descirption du siphonage de secteurs industriels entiers portée par l'efficacité d'un récit vécu par son auteur. 

C’est le contexte de la société dans laquelle nous sommes, le système dans lequel nous vivons dans nos pays, qui m’ont conduit naturellement vers cette pièce et m’ont amené non pas à devoir exposer des raisons ou trouver des solutions, mais à chercher, en premier lieu, d’où vient le mal. On se trouve face à ces questions posées au XVIIe par le philosophe Thomas Hobbes avec ce constat : « À l’état de nature, l’homme est un loup pour l’homme ».

Après Le Faiseur et l’incursion de Balzac dans le monde de la Bourse de Paris dans les années 1840, j’ai souhaité faire un grand saut dans le temps avec cet Avaleur, ce dé-Faiseur, ce destructeur de valeur qui opère dans les années 2000. Il y a toujours un dévoré et un dévorant dans le monde qui nous est proposé comme modèle, celui du capitalisme, ce monde où le profit personnel prend souvent le dessus sur le collectif et le social. Il m’a semblé intéressant de mettre en scène une pièce qui nous permette de réfléchir à notre époque et d’entrevoir la prochaine. Nous sommes certainement à la fin d’un cycle et à l’amorce d’un nouveau, nous le sentons. Edgar Morin parle de mue, de métamorphose. De quel monde héritons-nous ? Dans quelle mutation sommes-nous ? C’est le sujet même de la pièce de Jerry Sterner.

Celui que l’on nomme L’Avaleur, c’est le dévorant. Il attaque goulûment un système en équilibre. En l’occurrence il s’agit d’une entreprise qui fonctionne, qui a traversé les crises, qui plus est une entreprise dans un secteur moderne et porteur : les câbles, les réseaux de fibres optiques, autrement dit la communication, le fait de relier les gens et de transmettre. À l’intérieur de cette cellule en pleine activité, va intervenir une autre cellule, cancéreuse en quelque sorte. Et nous allons assister en direct à la destruction de l’équilibre de l’entreprise traditionnelle. C’est la compétitivité qui en est la cause, c’est aussi la recherche du profit personnel, l’avidité, la volonté de pouvoir, la volonté d’asservir.

Les conflits au théâtre sont toujours riches en enseignements. Cette pièce est éclairante car l’Avaleur représente, à lui tout seul, un système, une société qui devenue « dévorante ». Le Faiseur, version balzacienne, était un égoïste, mais un égoïste avec une certaine fantaisie, un entrain créatif, une faculté de rebondir et d’imaginer. Le dé-Faiseur Avaleur est bien différent. C’est un égoïste aussi, mais il émarge au registre des ogres, des égoïstes destructeurs. A l’image d’un capitalisme qui en vient à se dévorer lui-même, qui consume, qui consomme, sans limites. 

Attention, cet ogre est séduisant, il est plaisant, jubilatoire même, plein d’humour et d’énergie vitale. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques de nos sociétés. À l’intérieur même d’un système destructeur, mortifère, tout est fait pour que cette opération soit séduisante. L’ogre n’est jamais caché, jamais masqué, il s’affiche au contraire, il apparaît tel quel avec cynisme, dans sa compulsion de nourriture, son désir d’engouffrer. Il est séduisant comme les monstres des contes. On est attiré par le spectacle de sa goinfrerie : il faut croire que c’est, chez l’homme, cette part éternelle Eros-Thanatos, pulsions de désir et de mort liées. La mort prend le dessus parce que l’homme l’accepte et qu’il laisse une place pour cela ; il assiste à ce travail carnassier avec une sorte de joie. Comme la chèvre de Monsieur Seguin qui au fond est une victime consentante. Tout est accepté avec une certaine résignation. Ce processus, la pièce le met en lumière.

C’est une pièce très drôle, qui doit aussi, comme Le Faiseur, nous faire frémir. C’est vraiment une comédie. Le personnage central est un escroc irrésistible, capable de retourner sa veste, et, après quelques excuses pour les dégâts causés, capable d’obtenir encore et toujours l’adhésion du public. Le problème est que les dégâts causés ne sont pas toujours réparables ! Cette dangereuse impunité, il faut la faire entendre dans l’humour, en espérant contribuer à la prise de conscience des spectateurs. Que l’on ne puisse pas dire : on ne savait pas. C’est un sujet violent et comique, qui fait de la pièce un vrai conte moderne. L’ogre est attirant et effrayant à la fois. Il dépense, il se dépense, il est surdimensionné. On pourrait résumer la pièce ainsi : est-ce que l’ogre va croquer tout le monde ?

Dans la pièce originale, l’entreprise n’est pas située à New York mais au fond de l’Amérique, dans une zone anciennement industrialisée. Dans l’adaptation française, elle sera basée au Havre pour dessiner l’espace d’un port, et par là favoriser une ouverture avec l’imaginaire de la navigation, des départs, du monde du commerce international. Le deuxième espace, Wall Street dans l’original, sera situé à Londres, dans la City, au coeur des hauts lieux de la transaction.

Trois espaces donc : un espace moderne à Londres, le Havre avec une fenêtre sur l’imaginaire, et un espace d’avancée où le narrateur vient parler au public, espace intemporel en rapport direct avec la salle. Le décor s’adaptera partout, conformément à la mission de circulation des Tréteaux de France, et, comme nous serons souvent contraints par la surface des plateaux, je souhaite qu’il y ait des lignes indiquant une hauteur, une élévation, pour donner une impression de construction. La pièce a un rythme soutenu, elle est vive, claire dans son propos. Les comédiens sont souvent au plateau tous ensemble, à cinq donc. C’est un conte grand public qui dégage la violence et l’absurdité de nos sociétés, où l’on favorise la naissance et la prise de pouvoir de ces individus fascinants, femmes ou hommes, véritables dévoreurs. On doit aimer cet Avaleur, celui qui bâfre, qui engouffre. Autour de lui, il y a le chef d’entreprise à l’ancienne : un capitaine qui a mené en bon père de famille l’entreprise et qui représente un capitalisme social. Il y a également une femme qui est la femme de confiance, l’assistante, rigoureuse, honnête, représentante du personnel.

Et puis une autre génération : la jeune femme, avocate, à l’école du pouvoir. Elle est prise d’une sorte d’excitation sexuelle dans la lutte face aux manoeuvres de l’Avaleur. Car c’est aussi une lutte homme-femme, une lutte des sexes, un combat de puissance à puissance. La jeune femme se voit, se vit, comme une dompteuse.

Le personnage du narrateur, que je jouerai, est un personnage en empathie avec le public, entre les deux camps, faisant partager ses interrogations. Il tente de perdre le moins de plumes possible. Un personnage qui était ancré et qui, dans ce grand chamboulement, de gré ou de force, devient flottant et doit se redéfinir. Là encore, il s’agit d’un itinéraire très contemporain. 

L’auteur a la franchise de montrer un combat, un combat de l’homme contre l’homme. Il a été chef d’entreprise, on sent qu’il a observé tout cela de près et il a écrit un théâtre narratif, haletant, direct. Je crois que ce sera joyeux pour le public d’assister à ce combat d’aujourd’hui avec la distance du rire et du conte.

Robin Renucci
Propos recueillis par Evelyne Loew – décembre 2015